L’intimité du transport en commun

1 Oct

On vous a certainement gavé avec les avantages du transport en commun: moins de voitures sur les routes, donc moins d’embouteillages, moins de gaz à effet de serre ( oui ces satanés gaz qu’on ne connait pas personnellement mais qu’on nous a méchamment appris à détester!). Bref moins d’à peu près tout ce qui est mauvais, et donc nécessairement du plus dans tout ce qui est bon. Mais ce qu’on a oublie de vous dire, c’est que les transports en commun, c’est aussi de la compassion générale à en faire pleurer un dictateur, de l’engueulade partagée, que ce soit par le chauffeur, le gars qui se dispute au téléphone, ou le commun du voyageur qui en a marre de l’entendre crier.

Prenez un bus, mais pas n’importe lequel, car il faut que notre moyen de transport soit le plus détérioré possible, sinon, comment pourrait-on le qualifier de ‘commun’? Faites que le bus puisse à peine avancer, et vous aurez alors la bête parfaire. Mettez à son volant ( ou plutôt à la roue de vélo qui fait office de volant) un conducteur expert en freinage à la dernière seconde, diplômé à la Vieille Médina en langages puérils, et fin stratagème en matière de stationnement un-peu-partout. Ajoutez à cela quelques gamins voulant assister au derby, une femme enceinte, un vieillard mendiant,deux ou trois personnes qui refusent de payer, et finalement un homme (c’est presque toujours un homme) qui vient de recharger son solde de téléphone. Remplissez le tout de pleins de voyageurs, de préférence en plein jeûne, et saupoudrez de bambins de bas âge qui n’ont pas eu la tétée du matin, et vous aurez une image idéale du transport en commun idéal.

Je l’admets, j’y vais un peu fort avec les stéréotypes, mais pour les personness, qui comme moi, ont eu leur dose de ballotages, de pick-pockets et de bus en retard, c’est généralement l’image que l’on se garde à l’esprit, une fois assez mûr (ou tout simplement stupide) pour se croire que s’acheter un véhicule s’impose. Mais qu’en est-il vraiment?

Car derrière ces vitres (cassées), entre ces portes (qui refusent de se fermer), se trouve un échantillon d’une société. Un bus (ou un métro, tant qu’on y est) a sa propre magie. Ce ne sera que dans un bus que vous verrez un homme céder la place à une personne du sexe opposé pour autre chose que son numéro de téléphone. Ce ne sera que dans un bus qu’une femme enceinte aura le droit de choisir sa place (maintenant que les hôpitaux n’arrivent même pas à leur trouver d’endroit où accoucher). Ce ne sera que dans un bus que l’on fera passer l’argent jusqu’au receveur, au lieu de se le fourrer dans sa poche. Ce ne sera que dans un bus qu’un être humain pourra trouver de la compassion (sinon que chercheraient des mendiants là-bas, si ce n’est,entre autres, de la compassion?). Ce ne sera que dans un bus que vous verrez l’autorité (le receveur) se montrer complaisant avec le hors-la-loi (le non-payant).Et ce sera certainement que dans un bus que vous verrez le citoyen moyen, qui, après avoir passé toute la journée à se passer pour ce qu’il n’est pas, enfin devenir qui il est vraiment (un gars avec une chemise qui pue).

Oui, car finalement, le transport en commun est un voyage, généralement tumultueux, nauséabond et semés d’autant de périples que ce nids-de-poule rencontrés pendant le trajet. Reste que l’individuel en ressort plus fort, d’une part, de par le nombre d’obstacles surmontés de la porte avant à la porte arrière, mais d’autre part, parce que, l’instant d’un voyage, il partageait avec ses congénères (oui car il faut l’avouer, un bus est un vrai zoo) quelque chose plus grande que l’envie d’arriver chez soi, quelque chose que même les berlines allemandes les plus virevoltantes ne pourra jamais vous faire sentir.

Et pour finir, une petite vidéo pour tous les travailleurs des transports en commun, comme quoi votre boulot peut parfois être assez cool.

PS:(Pour ceux qui ont regardé la vidéo) Question du jour:

Pourquoi la dame en rose arrive-t-elle en courant à la neuvième seconde?

1-Elle a oublié son chihuahua à l’intérieur du train (Mwé pauvre bête)

2-C’est la femme du gars qui pousse déjà et elle voulait savoir où pouvait-il bien foutre ses mains

3-Ce n’est pas son chihuahua qu’elle a perdu, mais plutôt son sifflet qu’elle gardait dans la main

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