Les toilettes, ou l’histoire d’un amour rebutant

17 May

Je vois d’ici vos frimousses moqueuses, dégoutées par le flot de souvenirs nauséabonds de ces étranges lieux, se demandant même si vous n’allez pas commettre l’immonde péché de lire un tel article. Non je n’ai point l’intention de vous narrer l’histoire d’un constipé, ni celle de l’homme de ménage responsable de nettoyer vos cuvettes. Mais plutôt, je parlerais du bonheur que de pouvoir refermer la porte de ses ‘cabinets’ sur soi-même, et de ce que cela peut apporter comme paix, au corps certainement, mais à l’esprit aussi.

Commençons donc par nos toilettes privées. Rares sont ceux qui n’ont jamais pris la peine de se retirer dans cet endroit reclus sans ramener un compagnon de route, que ce soit le roman de français qu’on arrive jamais à terminer, ou le journal de la semaine dernière que l’on a longuement hésité à acheter, mais auquel on a finalement succombé, connaissant ses qualités nettoyantes, et de loin plus économiques que le chic papier hygiénique. Plus l’attente du moment du soulagement se fait pressante, plus le plaisir de lire le bouquin se fait plus ardent, et plus les nouvelles du journal nous paraissent finalement intéressantes, que l’on s’oublie dans ce petit moment de silence et de rencontre de soi. Dommage qu’à la fin, on soit obligé de céder la place, car, finalement, une autre personne, se trouvant elle-aussi dans une grande gêne, finit par frapper à notre porte, et nous rappelle que l’on a dépassé certainement le ‘quota hygiénique moyen prescrit pour le marocain’, qui rappelons-le aussi, n’est pas très élevé.

Bien sur que ce quota n’a jamais été calculé (quoi vous y avez cru?), mais l’on aurait espéré qu’on nous fasse remarquer à quel point on est ‘répugnant’. Mais je plaindrais aussi les chargés d’une telle étude, car courageux devront être ceux qui pourront braver les dangers de nos toilettes publiques, et survivre à l’atroce vue des cendres de ce que furent jadis, les restes d’ultérieures explosions internes. Donc certainement, on lèguera cette tâche herculéenne à des sociétés étrangères, de préférence françaises, car plus expérimentés dans la collecte de nos déchets (Sita ca vous dit quelque chose?)

De tels experts seront fascinés par le monde qu’ils découvriront dans les toilettes des écoles. Vous pouvez croire la parole d’un ancien combattant, qui passa le plus clair de son éducation dans le domaine public, et donc fut étouffé par son système de nettoyage des cabinets. Ce système, pour ceux qui ne le connaissent pas, repose sur le principe de l’entassement de ‘tout bon vous semble’. Très économique en eau, il oblige le directeur, rarement s’occupant de telles besognes ‘délicates’, ou simplement pressé par une visite ministérielle, à débloquer des frais pharamineux pour l’achat de matériel de nettoyage. Mais tant qu’aucun ministre n’aura pointé son bout du nez et ressenti à plein nez les faces cachées des restrictions budgétaires, tout le monde appréciera la tranquillité du meilleur des mondes, quoiqu’un peu manquant de propreté.

Mais où en étais-je? Ah oui, les toilettes de lycée. Ne niez pas que vous en avez fait bien des gamelles là-bas aussi! Mais pendant que vous payiez au péril de votre vie le plaisir de vous soulager, certains d’entre vous trouvaient encore la possibilité, entre deux souffles coupés, de gribouiller quelques mots sur telle étudiante et son imposante physionomie, ou tel prof et sa stupidité. Dans tout ce tumulte de délectations nasales, je me suis toujours intéressé à ces petits messages d’amour, que certains ont eu besoin de noter entre deux poussées de fluides corporelles, et auxquels je n’arrivais jamais à en comprendre l’utilité (Non sérieux, c’est quoi cette idée de déclarer son amour dans des toilettes? Furent-elles mixes, mwé cela serait compréhensible, mais là ??) Bref, d’ici naquit ma conviction certaine que les toilettes n’étaient pas seulement ce que l’on répudit le plus, mais ce qui nous définit aussi.

N’allons pas tous au petit coin? N’est-ce pas là certainement un point qui nous unit tous? Loin de moi l’idée de se lancer dans une révolte toilettistiques (Oué tous à vos chasses!) , mais peut-être que, dans la beauté du moment, la clarté se fait telle dans notre esprit que, dans l’espace d’une seconde, l’on ressente tout le pouvoir de la création, et que l’on se sente obligé de s’en prendre aux portes avec nos stylos. Loin de moi aussi qu’on arrête pareille activité exutoire,car sans elle, à quoi pourrons-nous bien nous occuper à faire dans nos toilettes, seul endroit où l’on fuit toute surveillance?

Je ne suis pas de ceux qui croient que c’est toujours l’autre qui a fait le premier la plus horrible des gamelles, et non plus je ne suis pas de ceux qui voudraient un nettoyage intégral de tout l’espace public (Ça va pas non? Vous savez combien de Mr. Propre on aura besoin?). Je pense juste qu’être ‘clean & clear’ de dehors commence par devenir ‘Tide’ dans sa tête, de différencier entre ce qui fait de nous des êtres biologiques, et de ce qui nous élève au rang d’êtres dotés de raison.

Pour finir, je devrais certainement vous laisser sur votre faim, j’ai de loin dépassé mon ‘quota de paroles inutiles du marocain moyen’.Vous trouverez sur ce lien de quoi remplir votre temps perdu entre deux chasses d’eau:http://www.almassae.press.ma/node/1431, un article tiré du journal Almassae, en langue arabe, de Rachid Nini, sur l’instauration des toilettes publiques à Rabat.

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